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Avec nous, Monsieur Boris qui est chef de cabine pour une compagnie àérienne, et cela fait 17 ans qu’il voyage à découvrir le monde. Aujourd'hui, il va nous faire partager son expérience en Corée du Nord, un pays qui commence à s'ouvrir au tourisme. (Photo de Boris Kester )
Bonjour Monsieur Boris
Dans ce pays, qui est l'une des dernières dictatures communiste du monde, il n’est pas facile d’y séjourner. Qu’est ce qui vous a motivé d’aller en Corée du Nord, et dites-nous en quelle année vous y êtes allé ?
Pour moi, mon objectif principal c'est la curiosité de connaître des pays, des peuples, de connaître des cultures différentes des nôtres, et j'ai visité la Corée du Sud en 1991. Pendant la visite, j'ai aussi vu la frontière du Panmunjeom, qui est la frontière entre la Corée du Sud et la Corée du Nord.
Est-ce que vous avez vu une grande différence entre la Corée du Sud et la Corée du Nord dans l'ensemble de votre voyage ?
Ils sont deux pays complètement différents. Bien sûr, le peuple est plus ou moins le même mais l'étape de développement et surtout la liberté, il n'est même pas possible de les comparer. La différence entre les deux Allemagne avant la chute du mur de Berlin n'était pas tellement grande mais la différence entre les deux Corées est complètement différente : ils partagent la langue bien sûr, mais sinon il y a très peu de choses qui leur correspondent.
Quelles sont les différences que vous avez pu constater en Corée du Nord par rapport à la Corée du Sud ? Pour les voyageurs, la différence principale c'est qu'en Corée du Sud, on peut se déplacer comme on veut, on a la liberté de voyager, de voir les choses, de parler avec les gens, de manger où l'on trouve un restaurant avec un menu intéressant.
En Corée du Nord, ce n'est pas du tout possible en tant que voyageur, que visiteur, on vous donne deux guides qui vous mènent pendant toute la visite dans le pays. Il n'y a pas du tout une liberté de se déplacer, une liberté de parler avec les gens, de se promener librement sans des guides. (Photo de Nicole Louis)Ce qui fait que vous n'avez pas pu vivre des moments de la journée avec des gens locaux. Est-ce que vous avez pu quand même découvrir leur manière de vivre, leurs coutumes ou tout simplement leur quotidien, même si vous n'étiez pas du tout libre de vous déplacer ?
En Corée du Nord, il est presque impossible de connaître la vie quotidienne. On a eu l'occasion de le voir un peu parce qu'on a pris le train de Pékin à Pyongyang, le guide n'était pas là, donc on était sans guide. On a vu un peu la vie quotidienne des paysans, des villageois, mais c'était très peu. Sinon, après l'arrivée à Pyongyang, il n'était plus possible de parler ou de voir des gens, même pas à distance parce que dans les rues, même dans la capitale on ne voit presque personne. C'est difficile à s'imaginer ; on était là en été, il faisait chaud, mais les rues étaient presque vides, pas de trafic, pas de personne.
Alors selon vous, ils sont où ces nord-coréens, s'il n'y a personne dans les rues, dans la ville ?
C'est une question que nous aussi on s'est demandé. Par exemple, les personnes qu'on a vues avaient toujours plus ou moins le même âge ; toujours entre 20 et 35 ans. Il n'y avait pas d'anciens, pas de vieux, presque pas d'enfants...
On peut se demander où sont tous les nord-coréens, où sont les vieux, les handicapés, les gens que l'on peut s'attendre de voir dans les rues d'une capitale. Je ne peux pas répondre à cette question parce que je n'ai pas la réponse. (Photo de Boris Kester )C'est difficile à imaginer ici qu'il n'y a personne alors que l'on sait qu'il y a beaucoup de gens en Corée du Nord. Vous avez pu constater qu'en Corée du Nord, tout est contrôlé, et les gens sont contrôlés..?
Vraiment tout est contrôlé, quand on est arrivé avec le train à Pyongyang nous avons vu qu'il y avait des policiers qui ont renvoyé des gens sur le train vers le nord, donc pour eux, il n'était pas du tout possible d'entrer dans la capitale. Sinon, en général pendant ma visite en Corée du Nord, c'est la première fois que j'ai vécu l'idée d’un totalitarisme total, d'une dictature totale qui contrôle tout, qui domine la vie de toutes les personnes dans le pays, l'architecture, l'art, le mouvement des gens. C'est vraiment presque impossible de s'imaginer d'où nous sommes, parce que c'est une situation irréelle pour nous.
Qu'est-ce qui vous a vraiment touché ou surpris quand vous étiez là-bas ?
Ce qui m'a frappé, c'est qu'on a réussi à s'imposer de manière totale sur ce peuple qui ne semble avoir aucun désir, aucune possibilité de changer la situation. Bien sûr, on a vu d'autres dictatures dans le monde ; à la fin il y a toujours des dissidents, des opinions, des gens qui essaient de gérer la situation. La Corée du Nord, c'est un contrôle total de la vie, de tout, partout. Pour moi c'est une expérience unique.
Une autre chose, c'est qu'on avait deux guides qui étaient là pour nous contrôler mais aussi pour se contrôler entre eux. Donc ils avaient le pouvoir de décider ce qu'on pouvait voir, des photos qu’on pouvait prendre, qu'on ne pouvait pas parler avec les nord-coréens, aussi là, on était sous le contrôle totalitaire des guides qui sont du gouvernement même. Et là, c'est la première fois que j'ai vécu une telle expérience. Dans les autres pays avec une dictature ça ne se passe pas comme cela, il y a toujours une liberté pour visiter le pays. Dans la Corée du Nord, c'est vraiment impossible. Si on essaie de le faire, je connais des histoires de voyageurs qui ont échappé à leurs guides. On les a frappés et renvoyés dans leur pays. Il n’est tout simplement pas permis de le faire.
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Nous savons qu'en Corée du Nord il y a des slogans, est-ce que vous pouvez nous en parler ?
Les slogans sont partout dans le pays. Par exemple dans le train de la Chine vers Pyongyang, dans les gares de nombreux villages, il y a toujours un slogan, que je ne pouvais malheureusement pas lire parce que c’était bien sûr tout dans leur langue. Mais les slogans dans les gares dominent toute la gare. Il y a toujours une ou parfois deux photos de militaires sur les slogans. Si l’on visite la capitale de Pyongyang il y a des slogans partout. À part les slogans, il y a beaucoup de monuments pour les leaders. Des monuments pour leur idéologie qui dominent toute la capitale. (Photo de Boris Kester )Quel genre de slogans vous avez pu entendre ou vous avez pu lire partout dans le pays ?
Il y a des slogans pour travailler, pour porter (mettre en valeur) les leaders, pour bien faire pour le pays. Bien sûr on ne pouvait pas lire les slogans donc on devait toujours croire ce que les guides disaient, on ne pouvait pas contrôler les guides.
Vous saviez que ce que les guides vous disaient, au fond ce n’était pas dans la réalité…
Pas du tout, les guides avaient beaucoup d’histoires du pays, de la vie quotidienne, de la situation politique, économique, et sociale du pays qui pour nous évidemment n’étaient pas vraies.
La raison pour mettre deux guides, selon nous, c’est que l’un peut contrôler l’autre, donc il y a toujours un contrôle interne entre les guides pour être sûrs que l’un des guides ne peut pas dire des choses que le gouvernement ne veut pas qu’ils disent. Il y avait des choses historiques qui n’étaient pas vraies, il y avait aussi des choses fantastiques pour nous c’était très évident que ce n’était pas vrai car la situation est vraiment très dure.
Si je comprends bien vous saviez que ces guides vous racontaient une propagande mensongère…
Oui, oui, c’était évident.
Sinon, nous savons que l’effondrement du bloc de l’Est avec la chute du communisme par le mur de Berlin en 1989 et de l’URSS en 1991, veut dire Adieu à la dictature du communisme. Pensez-vous que la dictature nord-coréenne peut aussi chuter malgré un peuple extrêmement soumis sans signe de révolte, et pensez-vous qu’il y a vraiment un espoir d’une réunification entre la Corée du Nord et la Corée du Sud ?
Disons que j’espère que cela soit possible, mais les gens sont extrêmement soumis et il ne semble pas qu’il y ait de mouvement pour changer le pays, le système. En même temps, comme je n’ai pas parlé avec les nord-coréens, peut-être il y en a…
Pour un visiteur comme moi, c’est vraiment très difficile de voir une possibilité de chute de régime en Corée du Nord, tout simplement parce que les gens n’ont pas de moyen de communication avec le monde ; il n’y a pas de radio, pas d’internet, pas de télévision, donc on n’est pas au courant du monde, on habite soit disant dans un pays parfait, comme le paradis. Si les gens croient vraiment ce que le gouvernement dit, ce n’est pas facile de s’imaginer un système tellement totalitaire de chuter d’une manière telle que cela s’est passé en Europe orientale ou en URSS. On peut le souhaiter bien sûr.
Et ce voyage sur la Corée du Nord vous a changé dans la vision des choses ?
Peut-être pour moi c’était la première fois que j’ai vécu une expérience de régime totalitaire, j’ai compris que chacun peut vivre dans une version de la vérité et que cette vérité est relative. On ne peut jamais savoir si ce que l’on entend est vrai ou non.
Votre site, c’est www.traveladventures.org
, et vous pouvez trouver l’adresse sur le site de la radio Son de l’espoir. Pouvez-vous nous parler un peu de votre site en quelques mots ?
J’ai toujours eu le désir de partager mes impressions de voyages avec les autres.
Merci beaucoup, Monsieur Boris.
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Vous pouvez retrouver Les photos sur la Corée du Nord de Boris Kester sur son site www.traveladventures.org ici